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Le bonheur, but du combat spirituel

Une foule de jeunes hommes étaient accourus pour l’entendre, et, au moment où il se tourna vers eux, en rappelant que leur vie avait été la sienne, et où, leur ouvrant les bras, il les conjura de partager son bonheur actuel, l’auditoire eut peine à contenir son émotion prête à éclater en applaudissements unanimes.

Écoutons, du reste, cette parole dont les accents vibrants pénétraient dans tous les cœurs et changeaient les âmes :

« J’ai couru le monde, j’ai vu le monde, j’ai aimé le monde… et j’ai appris une chose dans le monde, c’est que nul n’y goûte le bonheur. Le bonheur ! je l’ai cherché ; et, pour le trouver, j’ai parcouru les villes, traversé les royaumes, sillonné les mers. Le bonheur ! je l’ai cherché dans les poétiques nuits d’un climat enchanté, sur les ondes limpides des lacs de l’Helvétie, sur les cimes pittoresques des plus hautes montagnes, dans les spectacles des plus grandioses de la nature ; je l’ai cherché dans la vie élégante des salons, dans les festins somptueux, dans l’étourdissement des bals et des fêtes ; je l’ai cherché dans la possession de l’or, dans les émotions du jeu, dans les fictions d’une littérature romanesque, dans les hasards d’une vie aventureuse, dans la satisfaction d’une ambition démesurée ; je l’ai cherché dans les gloires de l’artiste, dans l’intimité des hommes célèbres, dans tous les plaisirs des sens et de l’esprit ; je l’ai cherché enfin dans la foi d’un ami, ce rêve de tous les jours et de tous les cœurs… Hélas ! ô mon Dieu ! où ne l’ai-je pas recherché ? »

« Et vous, mes frères, l’avez-vous trouvé ? Êtes-vous heureux ? Ne vous manque-t-il rien ? Mais il me semble entendre ici comme partout un lugubre concert de gémissements et de plaintes s’élever dans les airs. Il me semble que vos cœurs font retentir aussi ce cri unanime de l’humanité souffrante : bonheur, bonheur, où es-tu ? Dis-moi où tu es caché, et j’irai, au prix de ma fortune, de ma santé, de mes jours, s’il le faut, j’irai te chercher, te saisir, te posséder !

Comment se peut expliquer ce mystère ? continuait l’orateur, car l’homme est né pour le bonheur. C’est que la plupart des hommes se trompent sur la nature même du bonheur, et ils le cherchent où il n’est pas.

Eh bien ! écoutez ! Ce bonheur, moi, je l’ai trouvé, je le possède et j’en jouis si pleinement que je puis m’écrier avec le sublime apôtre : Superabundo gaudio ! Mon cœur déborde de félicité. Je ne puis contenir dans ma poitrine ce volcan de bonheur, et je me suis senti pressé de quitter ma solitude pour venir vous trouver et pour vous dire aussi : Superabundo gaudio. Oui, je suis si heureux que je viens vous offrir, que je viens vous prier, vous supplier de partager avec moi ce trop-plein du bonheur ! »

Puis il expliqua en quoi consistait le bonheur. Dieu seul peut satisfaire ce besoin du cœur de l’homme ; mais comment saisir Dieu, le posséder ? Dieu apparaît dans ses œuvres et surtout dans l’œuvre admirable de l’incarnation et de la rédemption. Dieu, dans la personne de son Fils, Jésus-Christ, est descendu des cieux, il est venu jusqu’à nous, il s’est fait le compagnon de notre voyage, le pain de notre âme.

Abbé Charles Sylvain, Flamme ardente au Carmel. Vie de Hermann Cohen,

en religion Père Augustin-Marie du Très-Saint Sacrement, carme déchaussé

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